lundi 27 mars 2017

Mon Stradivarius, l'âme sonore

Lors du récent salon des instruments insolites dont je te parlais plus bas, j'ai eu la chance d'essayer un instrument qui me faisait de l’œil depuis un moment. La sauce a pris et j'en ai fait l'acquisition pour mon plus grand plaisir.

Chercher les origines de la scie musicale, c'est se perdre un peu dans le temps et dans l'espace.

Si tu vas sur le site de Jean-Claude Welche, tu liras "qu'il existe autant de théories sur l’origine de cet instrument qu’il existe de sites Internet sur le sujet ! Certains chercheurs disent qu’elle a été inventée par des bûcherons argentins, d’autres par les esclaves africains. Certains voient son origine dans les pays de l’est, d’autres encore dans les montagnes nord américaines. Une théorie rassemble les précédentes en disant qu’elle n’est pas apparue en en seul endroit mais simultanément dans de multiples coins de la terre." Jean-Claude Welche termine par ce qui parait logique : "la scie musicale pourrait avoir été créée par ceux-là-mêmes qui utilisent une scie dans leur quotidien, c'est-à-dire les bûcherons."
Car qui a eu l'occasion d'utiliser une égoïne a pu entendre le son produit par la lame lorsqu'elle subit une brutale torsion en se coinçant dans le bois.

Quoi qu'il en soit, tu n'as aucun moyen de savoir à quelle période la scie égoïne a connu sa première utilisation musicale.

C'est dans la deuxième moitié du XIXe siècle cependant, au bénéfice des progrès de la métallurgie, que les première véritables scies musicales ont été produites. Carl de Nys, musicologue belge, trouve la première mention de la scie dans un catalogue d'instruments de musique en 1890.
Jusque dans la première moitié du XXe siècle, la scie musicale a été utilisée dans les répertoires classiques et dans le jazz, avant d'être remplacée par deux instruments électroniques produisant le même type de sons : le Theremin (1917) et surtout les ondes Martenot (1918) dont l'usage connait un franc succès à partir des années 30.

Dès lors commence pour la scie musicale une forme de descente aux enfers : elle n'est plus jouée que par les clowns et autres artistes comiques. On n'en fait plus vraiment de la musique mais plutôt des effets sonores. De Raymond Devos - qui conclut son sketch "Le clou" par une improbable improvisation à la scie - à Gaston Lagaffe, l'instrument n'est plus vraiment, c'est peu de le dire, pris au sérieux.
Et même si elle reprend quelques lettres de noblesse dans la chanson réaliste d'après guerre, sa réputation lui colle à la peau et elle garde aujourd'hui encore cette mauvaise image.

Enfin, c'est au début des années 2000 qu'a été développé un nouvel instrument basé sur le principe de la scie musicale : la lame sonore. Cet instrument permet de redonner un peu de noblesse à la scie musicale et lui donne un souffle nouveau.


Alors comment ça marche?

La scie égoïne est une scie à bois trapézoïdale de longueur variable dont la lame est relativement souple. Pour obtenir une sonorité intéressante, il faut exercer à la lame une double courbure en forme de S (la figurine de Gaston Lagaffe basée sur un dessin de Franquin montre très bien cette courbure quoi-qu’inversée et un peu exagérée). Il "suffit" dès lors de trouver le point sensible de la lame et de la mettre en vibration soit en la frappant avec une mailloche, soit en la frottant avec un archet.
Cela fonctionne avec n'importe quelle scie égoïne, mais le plaisir de jeu (et d'écoute!) sera dépendant de ses proportions : plus la lame est longue et souple, et plus le trapèze est marqué - autrement dit plus la base est large et l'extrémité étroite - plus la scie offrira une tessiture intéressante.
Une scie ordinaire offre une octave et demi, une bonne scie musicale peut offrir jusqu'à deux octaves et demi.


La lame sonore en revanche n'a plus de la scie qu'une ressemblance de forme :
Tout d'abord, elle ne présente déjà plus de dents!
Ensuite le manche disparaît au profit d'une large palette permettant de maintenir l'instrument contre ou entre les cuisses.
Mais surtout la forme du trapèze de la lame est plus régulière et symétrique, la base très large et l'extrémité étroite, plus proche du triangle isocèle.
Tu y verras souvent apportée une poignée d'inflexion qui offre plus de confort de jeu et de maniabilité.
Une bonne lame sonore permet d'obtenir jusqu'à quatre octaves!
Scie musicale vs lame sonore (photo : http://www.thomasbloch.net/f_scie-musicale.html)



Alexis Faucomprez (photo: Salon des instruments insolites) est originaire du Nord de la France. Installé à Riorges depuis le début des années 2000, il y fabrique des lames sonores. Ses instruments et lui bénéficient d'une solide réputation!
C'est à lui que j'ai acheté ma scie musicale. Il y a apporté les modifications qui permettent à mon instrument d'approcher la musicalité des lames sonores : coupe de la lame pour modifier le ratio base/extrémité et ajout d'une poignée d'inflexion. J'ai en revanche refusé que lui soient coupées les dents (non mais!). L'archet est celui d'un violoncelle 3/4.
Ma scie devrait donc offrir trois octaves au minimum... du moins une fois que je l'aurai complètement apprivoisée!


Scie musicale Bahco "Stradivarius"  - Suède - 880mm


Pour en savoir davantage sur la scie musicale et les lames sonores, je t'invite à suivre ce reportage qui en explique la physique du son.

Et si tu doutes encore des qualités musicales qu'offre cet instrument, voici une vidéo particulièrement bluffante :






Sources consultées :


lundi 20 mars 2017

Salon des Instruments Insolites, Bruxelles #1

Photo : Centre Culturel d'Uccle

C'était donc une première édition. Et pour une première, c'est très encourageant!!


Le lieu - le Centre Culturel d'Uccle à Bruxelles - n'est pas immense mais a été fort bien exploité. Chaque salle a été utilisée pour les expositions, stands de ventes et ateliers. La salle de spectacle a évidemment été valorisée par des conférences et concerts.

Eric Van Osselaer (Photo : site Evolplay)


Outre ces conférences et concerts, le public a donc pu à loisir découvrir les instruments, les essayer, les acheter, participer à des ateliers de "lutherie sauvage" et apprendre comment faire de la musique avec deux feuilles d’endives (on dit chicons en Belgique) ou comment tailler une flûte dans une carotte.


 
Un grand atout, pour ce qui me concerne, était la présence du stand de Thierry Legros, bouquiniste, musicien, collectionneur et bricoleur. Son stand est une mine de documentation et l'idée d'aller lui rendre visite dans sa boutique me démange! Je t'encourage à aller découvrir son site : https://www.thierry-legros-musiques.net/

Pour ma plus grande chance, ce salon accueillait également un facteur de lames sonores (scies musicales) dont j'avais déjà visité le site internet. J'ai donc pu essayer cet incroyable instrument. J'ai fatalement fait l'acquisition d'une belle scie. Elle fera l'objet du prochain article, très vite.

Un regret personnel cependant: le salon s'est trouvé majoritairement axé autour des instruments "spirituels" ou chamaniques. Bols chantant, conques tibétaines, gongs, tambours chamaniques, didgeridoos. Outre le côté "mode" qui me dérange, j'ai trouvé peu de la folle diversité d'instruments à cordes ou à vent qu'offrent les cinq continents.
















J'ai confiance que la prochaine édition - qui se prépare déjà - verra venir davantage d'exposants et que l'on pourra découvrir une plus grande diversité d'instruments à travers le monde.
Je nourris également l'espoir que l'événement puisse se programmer à une période où nous pourrons bénéficier d'une météo permettant d'investir le grand parc du Wolvendael se trouvant devant le centre culturel.

Les photos non-légendées proviennent du site du salon avec l'aimable autorisation de l'organisateur, merci à lui.
Merci également à Steve Braem pour les deux dernières photos d’instruments tibétains.
La photo de la tête de la harpe celtique de Vanessa Gerkens a été prise par ton serviteur.


vendredi 24 février 2017

Événement à venir

C'est bientôt, et ça promet!

Un salon des instruments insolites se tiendra le weekend prochain à Bruxelles (Uccle). On nous promet des expos et des ventes, ainsi que des ateliers et des concerts.


En tout cas, j'y serai!



dimanche 1 janvier 2017

2017


MEILLEURS VŒUX POUR L’ANNÉE 2017!
Puisse-t-elle vous apporter joie et musique!

mercredi 21 septembre 2016

Du neuf du côté de l'Océanie! #2

Voilà déjà plus de cinq ans que je découvrais l'existence des flûtes harmoniques de l'archipel Vanuatu, grâce à mon ami Carl qui m'en avait fait cadeau de deux exemplaires. Je t'en parlais brièvement dans cet article. Bien brièvement tant j'ai eu de difficultés à trouver de la documentation sur ces instruments.


J'ai eu l'opportunité récemment de faire l'acquisition d'une de ces flûtes dans la boutique en ligne de Pick & Boch dont je te parlerai sous cet article. Et à cette occasion, j'ai chiné avec un certain succès quelques sources bibliographiques sur la culture Vanuatu, sources bibliographiques qui me manquaient cruellement pour la rédaction de mon premier article.

Donc bon...


Aux dires de mes sources, la culture musicale ancestrale Vanuatu semble être restée très présente dans l'archipel et il est aisé, sur place, de trouver des informations sur les instruments traditionnels encore en usage de nos jours. Dans le reste de la Mélanésie, pourtant, la connaissance des instruments anciens s'est perdue très rapidement après la fin de leur pratique. Les descriptions écrites des premiers voyageurs ne sont pas assez détaillées. Cependant, il est possible de retrouver quelques pièces dans les musées.

L'instrumentarium Vanuatu est dominé par les idiophones et les aérophones. Alors que les membranophones sont nombreux dans le nord de la Mélanésie, cette famille n'est représentée que part un instrument dans l'archipel Vanuatu. Dans toute la Mélanésie, les cordophones sont rares.


Dans le groupe des idiophones, on retrouve principalement les tambours à fente disposés verticalement, le pied planté dans le sol. Sculptés dans des troncs d'arbres à pain, ces instruments monumentaux, jusqu'à 5m de haut, étaient surmontés d'une sculpture représentant la tête d'un ancêtre important ornée de sa coiffe traditionnelle et de ses signes honorifiques. Ces tambours, à la fois totems et instruments de musique, rythmaient les danses rituelles, mais servaient également de mode de communication.


La famille des aérophones est dominée par les flûtes. Sur base de la quantité d'instruments présentés dans les musées, il semble qu'une grande diversité de flûtes existait du temps des premiers voyageurs européens abordant les rivages de l'archipel. La plupart des types de flûtes traditionnelles étaient uniques et n'existaient nulle part ailleurs dans le Pacifique.


De nombreux types de flûtes de Pan, en radeau ou en faisceaux ont été utilisés traditionnellement mais ont aujourd'hui quasiment disparu des usages.


Photo : eBay




La flûte harmonique "Pau" est encore jouée de nos jours dans quatre îles de l'archipel, alors qu'elle était mise en évidence par les premiers voyageurs sur huit îles.

La flûte "Pau" est une flûte à encoche en bambou, le mode de production du son étant identique à celui de la kéna andine, du shakuhachi japonais ou de la xiao chinoise. Le musicien bouche l'ouverture de la flûte avec le dessous de la bouche, entre la lèvre inférieure et le menton, et souffle en direction du biseau formé par l'encoche.

L'instrument est d'assez grande taille et d'un diamètre étonnamment grand pour une flûte harmonique. Il présente de deux à trois trous de jeu selon les régions. Chaque trou permet d'obtenir jusqu'à cinq notes harmoniques en modifiant la puissance du souffle.


Le bambou dans lequel sera taillée la flûte est décoré sur toute sa longueur lorsqu'il est encore vert et frais : le verni naturel du bambou est incisé selon des motifs symboliques qui recouvrent en général toute la longueur du tuyau. Ces incisions géométriques sont recouvertes de pâte de charbon de bois, puis l'ensemble est lustré au lait de coco.

Les motifs représentés par ces scarifications du bambou se retrouvent dans les décorations de nombreux objets utilitaires ou artistiques. Ils sont chargés de symbolique : parmi ceux ornant mes flûtes, par exemple, le motif "iulun korgal", formé par de petits triangles blancs à l'intérieur d'un ovale noir, représente les plumes d'un oiseau de l'île d'Ambrym appelé korgal ; le motif "gehlan" représente une succession de triangles isocèles à base ovale qui symbolisent un visage humain (opposé à son négatif, la bouche du premier deviendra l’œil du second) ; le motif "dolondon" signifie la "parole du rat". Les autre motifs sont liés à la danse rituelle appelée "rom"

Motif "iulun kobal"
Motif  "gehlan"
Motif "robulana" - Symbolise les feuilles d'un hibiscus
Motif "dolondon"
Motif "tu tab'e'or"


Motif "nonoham" - Représente les vagues
Motif "tabu faea"
Motif "rom"


Enfin, c'est seulement lorsque le tuyau sera sec et qu'il aura pris sa teinte jaune que l'encoche et les trous seront taillés.

Voici à peu près tout ce que je peux te dire, en même temps que je l'apprends moi-même, sur les flûtes vanuatu.

Comme je te le disais, donc, je possédais déjà les deux premiers instruments ci-dessous. Note bien les motifs qu'ils représentent. La troisième flûte vient du webshop d'une incontournable enseigne lyonnaise dont je te parle ci-après.




















Sources :



Pick&Boch

Voici venu le temps de te parler d'une adresse incontournable, une de ces portes que je ferais bien de ne plus ouvrir, pauvre de moi. Mais que veux-tu? Je l'ai déjà écrit : a-t-on idée de me mettre de tels instruments sous les yeux?



Donc voici encore une de ces incroyables cavernes d'Ali Baba, riches de trésors inestimables. Ma chance tient dans le fait qu'elle n'est pas assise à côté de ma porte, cette caverne. Oui mais voilà... Il se trouve que Pick&Boch, ce n'est pas seulement une boutique installée à Lyon, c'est aussi un webshop. Ah!

Alors comment dire? Des instruments de qualité, certains même rares, un personnel accessible, à l'écoute, sympathique en diable et visiblement passionné, des envois soigneusement protégés, des délais de livraison ultra réduits, je ne sais pas comment être plus clair : Pick&Boch est l'adresse par excellence de l'amoureux des instruments ethniques, qu'il soit collectionneur, musicien amateur ou professionnel.

Sur place, un showroom que je redoute - parce que j'irai bientôt, si! - d'instruments anciens, d'instruments neufs ou d'occasion et d'instruments du monde... Mais Pick&Boch, c'est aussi un centre de location d'instruments (pour l'apprentissage ou pour la scène), un lieu d'expertise et d'estimation, un atelier de réparation et, enfin, un atelier de musique intuitive.

Comment dire mieux? Vas-y nombreux!

Et en attendant,  voici un p'tit reportage en deux tomes qui te fera connaitre le lieu et ses braves gens :





A bientôt!

vendredi 15 juillet 2016

Du berceau de l'Humanité

Dans ma quête de flûtes de la famille des obliques, il en est une ou deux que j'ai eu bien du mal à acquérir. La quête et sa récompense n'en ont été que plus intenses.





L'Ethiopie est considérée comme le berceau de l'Humanité puisqu'on y a trouvé les plus anciens vestiges hominidés. Avec ses plateaux les plus hauts du continent Africain, elle est également surnommée "le Toit de l'Afrique".






Ma quête, donc, m'a amené à m'intéresser de près à l'instrumentarium éthiopien. Bien que mon intérêt soit recentré dorénavant sur les instruments à vent, il m'était impossible d'ignorer les cordes, puisque ce sont les instruments les plus emblématiques des cultures du pays.
Parmi ceux-ci, trois dominent largement :
Le masenqo, une vièle monocorde à caisse losangique (https://fr.wikipedia.org/wiki/Masenqo)
La Begena, grande harpe à 10 cordes, dont l'histoire dit qu'elle aurait été ramenée de Palestine par le roi Mélénik 1er (https://fr.wikipedia.org/wiki/Begena).
La Krar est une lyre à 5 ou 6 cordes, vraisemblablement d'origine mésopotamienne (https://fr.wikipedia.org/wiki/Krar)

Krar (miniature) - Ethiopie - Bois, peau, cordes, perles
(Merci à Valéry pour sa quête)





La famille des flûtes est représentée par deux flûtes obliques:
- L'embilta est une flûte harmonique constituée d'un simple tube dépourvu de trous de jeu, en bambou dans le Sud, en métal dans le Nord.
- La washint est décrite comme "assez répandue sur les plateaux d'Ethiopie". Il s'agit d'une flûte en bambou à quatre trous de jeu, jouant sur le mode harmonique : pour chaque trous, on obtient les harmoniques de la note en variant la pression du souffle. Seuls les index et annulaires sont utilisés pour le jeu de la washint, les pousses et les majeurs servant au maintient de l'instrument. Il semble moins évident d'en trouver sur place que ce qu'en dit la littérature. Mon instrument provient du webshop de Temesgen.


F228 - Washint - Bambou - 390mm



Pour davantage d'informations relatives à la musique et aux instruments éthiopiens, je t'invite à te rendre sur http://www.sonusantiqva.org/w/Africa/Ethiopia/1992Caprice.html






mercredi 3 février 2016

2016

MEILLEURS VŒUX EN MUSIQUE,
QUE 2016 T'APPORTE JOIES ET SANTÉ !





L'année a été intéressante en termes d'acquisitions : pas mal de nouveaux instruments de musique - dont un orgue électronique! Hormis cette folie et deux guimbardes, mes acquisitions se concentrent finalement sur les instruments à vents (flûtes et anches). Quatre instruments sont en revanche sortis de ma collection, ce qui me fait un total, sauf erreur, de 385 instruments et objets musicaux.

lundi 28 décembre 2015

Intangible héritage, tome 2


J'avais déjà mentionné, pas plus tard que là en cliquant ici, un instrument de musique classé au Patrimoine Oral et Immatériel de l'Humanité par l'Unesco. Il s'agissait alors du duduk et de son répertoire. La flûte mongole Tsuur est le second instrument présent, ainsi que son répertoire, sur la liste de sauvegarde urgente au Patrimoine de Lunesco.

Présentations!






La flûte Tsuur fait partie de la famille des flûtes obliques. J'avais renseigné dans l'article consacré à cette famille, rappelle-toi, les origines perses de la grande majorité des instruments qui la composent. Or il faudra que celui d'entre toi qui s'en sent capable, chers lecteurs, m'explique le lien entre ces deux instruments. Route de la soie? Pas impossible, c'est une théorie à explorer.
Car au delà de l'organologie similaire - un simple tuyau dont une extrémité présente un biseau interne - il y a cette prise en bouche qui est en tous points semblable : au lieu d'être posée contre les lèvres comme les autres flûtes de la famille, les flûtes perses et mongoles se tiennent contre les incisives du dessus, la langue dirigeant l'air vers le bord biseauté de l'embouchure.
F223 - Tsuur - Cane de rhubarbe - 600mm

Ney à gauche, tsuur à droite (Ph : www.youtube.com)















Les similitudes s’arrêtent là : si le ney est un instrument chromatique, la flûte tsuur est quant à elle harmonique. C'est à dire que pour chacun des trois trous de jeu, plusieurs notes harmoniques peuvent être produites par la variation de l'intensité du souffle du musicien, quatre à cinq notes en fonction de la richesse harmonique de la flûte.

Ce qui fait ensuite la particularité unique de cet instrument et de son répertoire, c'est que le musicien chante en même temps qu'il souffle dans sa flûte selon la technique du chant guttural diphonique typique de la culture mongole, offrant ainsi un bourdon accompagnant la mélodie.


Ph. : http://www.unesco.org


S'il en existe des exemplaires en bois tourné, la flûte tsuur est traditionnellement fabriquée dans une tige florale d'apiacées (anciennement appelées ombellifères) telle la Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) ou dans la tige de plantes de la famille des polygonacées comme la renouée du Japon (Fallopia japonica), les deux plantes dépassant les deux mètres de hauteur, ou... la rhubarbe (Rheum rhabarbarum). L'exemplaire que je possède a été fabriqué en France par Sam MOUROT dans une tige de rhubarbe.

Renouée du Japon (printemps à gauche, hiver à droite)

Berce du Caucase


Et de cette acquisition me vient l'idée de ce projet : Puisque nous avons (bien malgré nous) des massifs de berces du Caucase et de renouées du Japon dans ma forêt bruxelloise, j'ai à ma disposition la matière première pour tenter de reproduire la flûte que je possède. Et comme la berce est particulièrement dangereuse - la sève provoque au contact de la peau des lésion photosensibles infligeant de sévères brûlures au soleil - je me suis réservé quelques belles tiges de renouée du Japon.




La suite de l'épisode l'année prochaine !


Sources:

vendredi 24 avril 2015

Autour du globe, encore.

Je n'aurai finalement pas laissé s'écouler beaucoup de temps entre deux articles consacrés aux flûtes globulaires. Hasard de calendrier...


Il se trouve que Pâques s'est terminé il y a peu et que le Lundi de Pâques, précisément, est le jour d'un marché traditionnel de la ville de Luxembourg : Eimaishen, traduction de Emmaüs, voit se tenir un marché aux sifflets traditionnels, les peckvillercher. Le peckvillchen (oui, au singulier, c'est comme ça...) traditionnel est un sifflet en terre cuite représentant un oiseau permettant de jouer de une à trois notes. Figuratifs ou réalistes, en terre-cuite naturelle ou décorée, peinte ou émaillée, c'est un festival de formes et de couleurs, le marché ravit les yeux des petits et grands. Et pour ne rien gâter, la poésie et l'humour sont de la partie! Je pourrais tenter d'en décrire davantage l'ambiance, mais comment y parvenir mieux qu'avec quelques photos?









L'Eimaishen m'a permis quelques rencontres et retrouvailles - et quelques dépenses, maudit sois-je!

Retrouvailles d'abord :
C'est en fait Samuel Bouchet qui m'en avait appris l'existence lors d'un échange de mails. Samuel? Souviens-toi, j'en parlais il n'y a pas si longtemps. Et j'ai fait la connaissance de sa compagne, Marta. Misère... leur stand est toujours un pur bonheur pour les yeux et les oreilles! J'ai cassé ma tirelire pour leur acheter une flûtes harmoniques en terre-cuite. Véritable bijou, qualités musicales et esthétiques indéniables, elle est le fruit des recherches de Samuel sur les contraintes de la matière : pour palier à la fragilité de la terre cuite pour des flûtes droites, il a créé cette forme serpentine qui s'enroule sur elle-même pour en assurer la solidité.
F215 - Flûte harmonique - France (04) - Terre-cuite - 600mm


Et rencontres ensuite : 

Alors je suis bien embêté parce je suis victime de ma mémoire, infinie mais limitée dans le temps... J'ai rencontré un céramiste qui fait de forts beaux objets, dont des sifflets et ocarinas. Il se trouve qu'il connait Samuel et l'a convaincu de venir à Luxembourg. L'ironie de la situation est qu'il est bruxellois! Je le croiserai un de ces jours sur un marché d’artisans qui se tient chaque semaine au cœur de la capitale, et je viendrai en douce corriger cet article. Deux sifflets acheté à son stand : Un sifflet à eau pour mon fils, et un private joke.



F218 - Sifflet "peckvillchen" à eau - Belgique - Terre-cuite - 100mm


La deuxième rencontre est encore un ami de Samuel. Ce dernier me l'avait décrit comme un excellent céramiste et facteur d'ocarina, et fin musicien. Olivier Gosselink réunit effectivement ces qualités - 1er prix de flûte au Conservatoire de Toulouse, tout de même! Et même une qualité supplémentaire puisque le bonhomme est éminemment sympathique! En revanche, je ne lui ai pas encore acheté d'instrument, mais ça ne saurait tarder (je n'ai qu'une tirelire à casser à la fois...). Il ne s'agit pas d'une illusion d'optique : ses ocarinas sub-basses sont simplement gi-gan-tesques!!!


Rencontre furtive, obstacle linguistique oblige (je suis un polyglotte misérable) : toute mignonne et emmitouflée, venue de Hongrie pour exposer ses ocarinas. J'ai trouvé cet ocarina basse assez joli.












F216 - Ocarina basse - Hongrie - Terre-cuite - 160mm



Voilà pour l'Eimaishen et ses sifflets. Un rendez-vous déjà pris pour l'année prochaine!




Il m'est impossible de clore ce dernier chapitre sur les ocarinas sans te présenter ma dernière acquisition sur eBay : Je t'avais expliqué, dans mon tout premier article sur le sujet, qu'on trouvait des ocarinas dans tous les matériaux possibles et imaginables.
Voilà qu'aujourd'hui m'est parvenu mon premier ocarina en métal,  une pièce relativement ancienne puisque quelques sources - dont Rodolphe DELCROIX - me renseignent des instruments semblables, estampillés des mêmes "A.A. déposé", datant de la fin du XIXe ou le tout début du XXe, probablement dus à Charles MATTHIEU. Autres sources intéressantes : 

Fabriqué en zamak, il présente 10 trous de jeu : 8 sur le dessus, 2 sur le dessous. Ses qualités musicales sont très sympa!

Merci à S.CANU de m'avoir permis d'acquérir ce joli instrument.



F220 - Ocarina soprano - France - Métal - 130mm


Je ne bouderai pas ton plaisir en t'invitant à lire cet article de Nicolas Lethuillier sur l'ocarina.