mardi 4 mars 2014

Obliques

J'aimerais revenir, à la faveurs de récentes acquisitions, sur la famille incroyable que forment les flûtes obliques. Tu sais? Tu en as déjà vues quelques unes, toutes originaires d'Afrique du nord, ici, ici encore, ou . Je ne pense pas dire de bêtise en attribuant la distribution géographique de cette famille à l'origine perse dans un premier temps, puis à sa distribution dans le monde arabo-musulman et l'empire Ottoman ensuite. En effet, la plus ancienne représentation d'une flûte oblique est un ney perse daté de plus de 2000 ans avant Jicé. Depuis, l'instrument se décline en différentes formes sur tout le pourtour méditerranéen, du Maroc aux Balkans et la Grèce, avec toutefois une incursion plus profonde en Afrique, au sein de la culture peule du Niger.
On trouve également une flûte oblique en Mongolie, dont la technique de jeu se démarque nettement de ses cousines : en effet, le musicien chante dans sa flûte et use de cette technique gutturale du chant diphonique.


Comme je te l'expliquais dans mes articles précédents, ces flûtes sont de conception on ne peut plus simple : un tuyau de roseau ou de bois tourné, parfois de métal, ouvert à ses deux extrémités. Et c'est tout, tire ton plan! Bon, on t'aide avec un biseau sur le périmètre de l'embouchure, mais te voilà malgré tout devant une montagne de complexité pour en jouer valablement! Il s'agit de tenir la flûte en oblique contre les lèvre et de souffler vers le biseau de l'embouchure comme tu soufflerais sur la flamme d'une bougie. La base est là, mais c'est loin de suffire : L'angle d'attaque (latéral et vertical) va déterminer la justesse et permettre des variations de nuances et d'altérations, jusqu'aux quarts de ton. La force du souffle va également permettre de faire ressortir des harmoniques fabuleuses et enrichir ainsi la palette de couleurs du morceau joué. Les possibilités d'expressions sont infinies tant le souffle du musicien est présent dans le son émis par ces flûtes.

Voici donc quelques membres de la famille des obliques :


Le ney :



Flûte oblique d'origine perse et répandue dans tout le monde arabo-musulman, le ney est consacré au répertoire "savant" de la musique classique arabe, mais il trouve de plus en plus de place dans des formations de musiques fusions mêlant "musiques du monde" au jazz ou au pop-rock. L'instrument présente 7 trous de jeu (6 sur le dessus et 1 pour le pouce du haut). Le ney arabe se distingue du ney iranien par le biseau externe de l'embouchure : le ney iranien possède un biseau interne, et un renfort métallique du tuyau.
Je te laisse te replonger dans cet article qui en parlait plus largement.

F149 - Ney - Égypte - Bois, métal - 80,5 cm


















La ghasba :

Comme le nom perse de sa cousine savante, le nom arabe de cette flûte signifie "roseau". La ghasba est la version populaire, d'origine pastorale, du ney classique. Elle ne comporte pas de trou pour le pouce mais peut présenter 6 ou 7 trous sur le dessus.



F87 - Ghasba - Maroc - Roseau - 54 cm

















Le Kawala :


Le kawala est une flûte égyptienne. Elle est, à l'instar de la ghasba, un instrument populaire pastoral. Les sources que je consulte semblent également mentionner un usage liturgique. L'instrument est plus court et trapu que ses cousines. Le son en est d'autant plus doux. Le kawala ne présente que 6 trous.

F173 - Kawala - France (Facteur : J.-L. Msika) - 46 cm







Le ney turc :



Le ney turc est la flûte sacrée des Soufis, les derviches tourneurs, au service desquels il offre un répertoire de musique méditative et de transe. Il est également utilisé dans la musique traditionnelle. D'autre part, il m'a été donné il y a une quinzaine d'années de découvrir Kudsi Erguner, maître du ney turc (vidéo). Musicien traditionnel, il a su faire connaitre et apprécier cet instrument bien au delà de la Turquie dans un répertoire jazz fusion absolument fou. L'instrument est en tous points semblable au ney arabe, si ce n'est qu'il est plus long et plus large, et qu'il a également reçu au cours de son évolution une embouchure conique en ivoire, en os ou en corne, le bashparé. Ce dernier se monte sur une bague métallique renforçant l'extrémité du roseau. De nos jours, le bashparé est plus couramment fait en bois ou en plastique.

F191 - Ney - Turquie - Roseau, métal, plastique - 72 cm



Bashparé









La supelka :

La supelka est une petite flûte oblique pastorale que l'on trouve de la Grèce à l'ex-Yougoslavie. Elle n'est à ma connaissance utilisée que dans un répertoire traditionnel. Nettement plus petite que ses cousines, elle a un corps trapu percé de 6 trous. D'une tessiture de presque deux octaves, le son est doux et profond dans les graves et perçant dans les aigus.



F192 - Supelka - Grèce - Bois (abricotier) - 19,5 cm








F194 - Supelka - Macédoine - Bois (Frêne flammé) - 24 cm





La Tilinka :

La tilinka est une flûte oblique harmonique roumaine : il n'y a aucun trou de jeu, les notes étant obtenues par la variation de l'intensité du souffle du flûtiste, conjuguée à l'obstruction partielle ou totale de l'extrémité de la flûte. La famille des flûtes harmoniques pourrait faire à elle seule l'objet d'un article tant les formes et régions géographiques sont nombreuses.


J'ai fait une acquisition malheureuse, dernièrement, sur eBay : je pensais commander une flûte harmonique, il s'agissait en fait d'un bâton de jonglage équipé d'un sifflet annulaire à l'une de ses extrémités. J'ai fait sauter le sifflet et modifié l'objet pour en faire une tilinka grave. Ça marche pas mal, le son est génial, mais je suis loin d'en obtenir toutes les tonalités. J'y travaille encore.

F193 - Tilinka ténor - Home made - Bambou - 65 cm


Les kavals  :

Le kaval est une grande flûte pastorale au timbre et aux nuances d'une infinie richesse. C'est, à mon avis, la plus belle flûte de la famille! On trouve des instruments sous cette appellation de la Turquie à la Bulgarie, cette dernière l'ayant érigé au rang d'instrument national. Tous les kavals présentent huit trous de jeu (7+1) et quatre trous d'accord. En Bulgarie, l'instrument est en trois parties alors qu'ailleurs il est fait d'une pièce. Le kaval macédonien est souvent enfilé sur une tige de bois, parfois par deux, comme on peut en voir au Musée des Instruments de Musique de Bruxelles.




F196 - Kaval - Macédoine - Bois (Frêne flammé) - 74,3 cm


C'est de Bulgarie que le kaval est sorti le plus sûrement du cadre folklorique pour s'intégrer dans un répertoire jazz fusion et partir à la conquête du monde. Son meilleur ambassadeur est sans nul doute le maître Theodosii Spassov. Il a une telle maîtrise de son art et fait preuve d'une telle inventivité que c'en est fou! Et surtout, il sait mélanger les genres et s'entourer de diversités musicales. Il sait aussi sortir du cadre de l'instrument, en y soufflant à la façon d'un cor, ou de la flûte traversière, ou en y incluant sa voix, en maîtrisant aussi le souffle continu. Je ne bouderai ni mon plaisir ni le tien en te proposant plusieurs vidéos de ce génie, l'une d'elle le montrant même à jouer par l'autre extrémité de la flûte! Puis, comme un plaisir ne doit jamais venir seul, tu trouveras en fin d'article la vidéo d'un envoûtant morceau des Klezmatics, avec un Matt Darriau inspiré au kaval, pour une de ses plus belles compositions.

F189 - Kaval - Bulgarie - Bois, métal, plastique - 63,5 cm













F209 - Kaval - Turquie - Bois, plastique - 327mm 






Le kaval, flûte oblique, ne doit pas être confondu avec la caval, flûte droite à conduit, répandue dans la même région, de la Turquie à la Roumanie. 

Voilà pour un tour d'horizon de la famille des flûtes obliques. Cet horizon est loin d'être clos car seuls les instruments que je possède sont présentés ici. Il me reste pas mal de belles choses à acquérir, dont j'ai déjà repéré des offres sur la toile : blul arménien, flûte peule, ney iranien, tsuur mongole, etc. Affaires à suivre...


F147 - Flûte oblique - Home made by R.Najaro - Berce du Caucase - 61 cm



Klezmatics - Di Gayster (Les Fantômes)


Sources
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ney
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kaval
http://tilinca.blogspot.be/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kaval
http://www.simon-merarin.com/instruments/flute-kaval-bulgare/
http://argali.shop.free.fr/Argali/Accueil.html


mercredi 26 février 2014

Stage en vue et premiers projets

Je t'en parlais il y a longtemps : J'ai, dans mes cartons, des projets de fabrication de flûtes - et plus si affinités. J'ai des plans tous plus séduisants les uns que les autres et si je t'en parlais il y a longtemps, c'est parce que, parmi la somme de mes défauts les plus pénibles (et il y en a quelques uns),  je suis sans doute le roi de la procrastination...
Mais voilà que, coup sur coup, se présentent deux opportunités à saisir.

La première n'est pas à côté de ma porte, mais présente l'avantage de me permettre de joindre l'utile et l'agréable au pur plaisir de revoir quelques amis chers en Mayenne et au Mans.

Donc! A ne rater sous aucun prétexte si tu désires toucher à la fabrication de flûtes :

Le Centre du Patrimoine de la Facture Instrumentale du Mans organise un stage
durant le dernier weekend du mois de mars (la soirée du vendredi et les deux jours du weekend).
Au programme, fabrication d'une flûte irlandaise, la low whistle, et initiation au jeu de cette flûte.
Toutes les infos sont là-bas en cliquant ici.

La deuxième opportunité est de bientôt pouvoir suivre un stage - en Belgique cette fois - de tourneur de bois, mais ça fera l'objet d'un article à venir.



jeudi 2 janvier 2014

BONNE ET HEUREUSE ANNÉE
MEILLEURS VŒUX POUR
2014





Une nouvelle année, c'est souvent le moment de dresser l'un ou l'autre bilan. Le musée n'échappe pas à la règle.

Un blog tout neuf :
C'est au cours du mois de juillet que le blog a fait peau neuve. Les onglets représentant les familles d'instruments permettent d'avoir une visibilité de la collection. Ça m'aura pris une semaine, la nouvelle interface utilisée m'obligeant à modifier le format et la disposition des photos et du texte dans chaque article
Petit bémol : Je me rends compte que la disposition des photos (et du texte au sein des articles) n'est pas la même selon le navigateur utilisé. Et là, je n'ai aucune idée sur la façon de résoudre le problème. S'il s'en trouve l'un ou l'autre parmi toi qui peut m'aider, ...
Toujours est-il que je rédige sur Chrome et que c'est via ce navigateur que la disposition sera fidèle à mon désir.

De nouvelles pièces :
Durant l'année 2013, et contre toute attente, le musée s'est vu grossir de pas moins de 32 instruments : 20 flûtes et sifflets, 2 instruments à anche simple, 3 instruments à anche double, 1 trompe, 2 instruments à cordes, 1 guimbarde et 3 percussions.
Une nouvelle porte s'est ouverte : celle de eBay, d'où proviennent 13 de ces acquisitions (j'avais déjà entre-ouvert cette porte durant l'été 2012, mais maintenant elle est grande ouverte!)
J'ai également eu le plaisir de recevoir quelques cadeaux précieux de personnes qui ne le sont pas moins (tu te reconnaîtras)

Quelques statistiques :
Blogger ne permet malheureusement pas d'obtenir des statistiques annuelles sur la fréquentation du blog. Mais depuis sa création, c'est bien au cours de 2013 que tu es venu en plus grand nombre, et d'un peu partout :
De France et de Belgique, bien sûr (bdgest, ma famille et mes amis n'y sont pas étrangers), mais également des États-Unis (avec pas moins de 214 visites pour le seul mois de décembre!), la Russie, l'Ukraine et la Serbie sont également bien représentés!
(Note pour plus tard : prévoir de recenser les statistiques mensuelles)

Merci à chacun d'entre toi!

mardi 10 décembre 2013

Lame africaine

Source : Google images
Le groupe des lamellophones fait partie de la famille des idiophones (je reviendrai te remplir la tête sur la classification des instruments dans un prochain article). Ces lamellophones sont constitués d'un jeu de lames pincées dont les formes, les dimensions, et les matériaux utilisés diffèrent considérablement d'une région ou d'une ethnie à l'autre. Leur origine, mal connue, peut être située en Afrique sub-saharienne occidentale et centrale. Si deux noms, sanza ou kalimba, sont les plus couramment utilisés, la quantité de dénominations existante témoigne de la variété des instruments rencontrés d'un pays ou d'une région à l'autre : amakembé au Burundi, ambira au Mozambique, toum en Éthiopie, deza en Afrique du Sud, ilimba en Tanzanie, koné au Burkina Faso, kongoma en Sierra Leone, marimba marimbula à Cuba, marimbule dans les Caraïbes, mais encore gininji, ikembé, likembé, sanzé, sanzo, sasi, timbili. En Occident, on les appellera pianos à pouces ou thumb piano…


Mais quelle que soit l'origine géographique de l'instrument, quelle qu'en soit sa forme ou les matériaux qui le constituent, le principe est commun : des lames sont fixées sur une table d'harmonies et sont pincées avec les doigts. Les lames sont aujourd'hui le plus souvent en métal, mais peuvent être en bambou ou, comme à l'origine, en pétiole de palmier. La table d'harmonies des instruments contemporains est fixée sur une caisse de résonance en bois, en calebasse ou en noix de coco... ou en boîte de conserve. Des instruments plus modernes ont vu l’ajout d'une membrane synthétique tendue sur un cadre et sur laquelle est fixée la table d'harmonies.




LA MBIRA, INSTRUMENT DE MUSIQUE DU PEUPLE SHONA

La mbira est un des instruments africains les plus anciens. De nombreuses légendes circulent au Zimbabwe concernant ses origines. La mbira trouve ainsi ses racines dans la mythologie africaine et dans la littérature historique des Shonas. La plupart des musiciens s’accordent néanmoins pour dire que l’origine de la mbira est un mystère, les nombreuses histoires provenant de la tradition orale et du folklore des Shonas ne faisant que refléter la mystique qui entoure l’instrument et révéler les profondes associations existant entre la mbira et d’autres aspects de la culture shona.
Des découvertes archéologiques suggèrent qu’elle était jouée au XVe siècle et probablement aussi au Xe siècle quand le peuple shona s’est installé au Zimbabwe. Il est néanmoins établi que cet instrument était joué au XVIe siècle à la cour de Munhumtapa. À l’époque, les musiciens jouaient de la mbira pour les rois et les devins shonas. Traditionnellement, l'instrument était joué en ensemble au cours des cérémonies de possession : les familles étaient réunies et les instruments amenaient le médium à entrer en transe et se laisser posséder par l'esprit d'un ancêtre à travers lequel il s'exprimait.
À la fin du XIXe siècle, les colonisateurs interdisent l’instrument. 
Aujourd’hui se côtoient divers styles musicaux où la mbira a un rôle primordial: qu’il s’agisse de la musique sacrée ancestrale ou d’une musique moderne comportant des apports occidentaux, le lamellophone reste toujours l’instrument par excellence du peuple shona et, par extension, du Zimbabwe. Cette popularité a également fait franchir les frontières à la mbira (et aux autres lamelliformes) et, actuellement, on la retrouve jouée dans toutes sortes de musiques et dans de nombreux pays.

P31 - Mbira - Zimbabwe - Bois, métal - 20x15cm




D'autres lamellophones du musée:


P1 - Marimbule - République Dominicaine - Bois, métal, noix de coco - 16,5cm






P9 - Sanza - origine inconnue - Bois, métal, calebasse - 18cm











Je remercie Guillaume Duthoit, de la Médiathèque de Louvain-La-Neuve (Belgique), de m'avoir autorisé à me servir de parties de son article co-rédigé avec Isabelle Delaby sur les lamellophones. Tu peux lire l'entièreté de leur travail là en cliquant ici.

Une vidéo  à voir sur le site de Hervé Lapalud

lundi 30 septembre 2013

Cordes ottomanes et vent d'Essaouira

La saison des brocantes touche tout doucettement à sa fin, mais il y en avait l'une des plus grandes de Bruxelles, ce dimanche, à l'hippodrome de Boitsfort. Je n'en suis pas revenu les mains vides, maudit sois-je! Cordes et vent, avec gratitude non feinte envers les personnes qui me les ont cédés.


Cordes ottomanes


Maison du saz, Paris, avec Mahmut Demir 
Les Saz forment une famille de luths qui s'étend, depuis leurs origines perses, de la Turquie à l'Azerbaïdjan en passant par les Balkans. A manche court ou long, à deux, trois ou douze cordes en métal, ils présentent tous une caisse pyriforme au dos bombé et au manche muni de frets en boyaux (naturels ou synthétiques). Le plus connu d'entre eux et le plus répandu en Turquie est le saz à manche long appelé bağlama.


L'instrument que j'ai eu la chance d'acquérir présente une caisse en mûrier. Le manche ainsi que la table d'harmonie sont vraisemblablement en érable. L'ouïe, joliement sculptée, se trouve à la base du dos, juste sous le cordier. Le manche porte trois choeurs de cordes : deux choeurs de 2 cordes au dessus, et un choeur de trois cordes en dessous.

Cde20 - Bağlama - Turquie - Bois, cordes en métal - 100cm
Détail de l'ouïe.
En fonction du répertoire, il existe différents types d'accordage, sachant que chaque corde des choeurs doubles est accordée à l'octave de sa jumelle et que la première corde du choeur triple est accordée à l'octave inférieure des deux autres qui sonnent, elles, à l'unisson :
Source : "Turkish instrument method - Folk instrument with three double strings and a longneck bağlama
Sources :
Wikipédia
Puis si tu es curieux et polyglotte, il y a çà aussi


Vent d'Essaouira
Festivités Gnaoua, quelque part à Bruxelles
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Musique_marocaine
La trompe Nefir est sonnée traditionnellement par les Gnaouas lors de cérémonies rituelles. Les Gnaouas sont, à l'origines, d'anciens esclaves d'origine sub-saharienne (Niger, Mali, Guinée, Ghana, ...) qui se sont métissés, puis rassemblés en confréries adeptes du soufisme. Leurs cérémonies sont impressionnantes, avec leurs mélopées transcendantes mêlant les nefirs aux hautbois ghaïta et rythmées par les qraqebs. Cette trompe est également sonnée lors des fêtes de clôture du ramadan.
Le petit nefir acquis ce weekend était joué, paraît-il, par des bergers.

Source :

T9 - Nefir - Maroc - Métal - 77,5cm

P18 - Qraqeb - Maroc - Métal, ficelle - 25,5cm




dimanche 1 septembre 2013

Sonus de kanna (Michel Aubry - cfr source)

Retour d'une brocante croisée par hasard hier. J'en ai fait le tour d'un pas rapide : mon programme n'avait pas prévu ça... Et puis je le vois! Brève discussion avec le vendeur, très sympathique, et me voilà avec cette rareté.

Je me permettrai, pour te présenter cet instrument, d'enrichir mon texte d'extraits d'un article qui lui a été consacré par Michel Aubry dans "Le Roseau et la Musique", catalogue d'une exposition du même nom tenue à Hyères en 1988 (cfr Source).

Le launeddas est un instrument endémique de Sardaigne, bien qu'il s'apparente à d'autres instruments rencontrés sur le pourtour méditerranéen, des Baléares à l'Égypte (j'en ai déjà montré quelques-uns là-bas en cliquant ici ou ici en cliquant là). Il est décrit comme le plus ancien instrument traditionnel encore en usage sur l'île. M.Aubry précise qu'il est difficile de découvrir quelque preuve archéologique ou historique étayant l'hypothèse d'un modèle évolutif : "Le corps végétal de l'instrument résiste à l'humidité du souffle comme aucun bois ne saurait le faire. De simples ligatures de fil poissé cerclent cette apparente fragilité. Alliant finesse et légèreté, les pièces de cet instrument ne se fendent jamais. Pourtant, là où toutes les contraintes de la musique restent vaines, le temps détruit sûrement la canne par un dessèchement inexorable. (...) Dès lors, je me suis consacré à l'instrument naissant plutôt qu'à l'étude d'anciennes pièces rares et incomplètes, jamais anchées de surcroît, amenant à de douteuses hypothèses. La fabrication des launeddas par des musiciens ou des constructeurs qui leur sont contemporains, parfois voisins, devient l'une des clefs du système (ils sont une dizaine à construire)"

L'instrument se présente sous la forme de trois cannes de roseau montées chacune d'une anche simple. Chaque anche est taillée à même un fin tronçon de roseau à une extrémité de la canne (si tu te rappelles la leçon, il s'agit donc d'anches idioglotes). L’herméticité est assurée par un joint de cire d'abeilles. Les anches sont entièrement mises en bouche et sous pression constante par la technique du souffle continu (respiration circulaire). La main gauche porte deux tuyaux liés entre eux, la "mankosa manna" : le tuyau mélodique percé de cinq trous rectangulaires - quatre trous de jeu et un trou d'accord - et le tuyau bourdon. La main droite porte un deuxième tuyau mélodique, appelé "mankosedda" dont la maniabilité lui confère la mélodie principale tandis que la main gauche et le bourdon servent l'accompagnement. Les trous sont rectangulaires et bénéficient de colmatages à la cire afin d'en affiner la justesse. Les anches sont lestées de cire également, afin de régler à la fois la justesse de l'instrument et la qualité du timbre.

"Les launeddas, précise M.Aubry, n'existent que sous cette forme, mais le pluriel recouvre une famille de combinaisons harmoniques."

Mon instrument est appelé "mediana a pipia" et est accordé en do. La longueur du bourdon est de 68cm alors que celui des plus grands instruments peut dépasser le mètre!

Le musicien doit prendre les trois anches complètement en bouche, ce qui représente tout de même une masse de plus de cinq centimètres! Ça n'a l'air de rien mais, ne te moque pas, ça me pose un problème que je dois résoudre à tout prix : Le spasme nauséeux! Tu te souviens de cet épisode désagréable de la visite médicale, lorsque le toubib appuie sur l'arrière de la langue avec une spatule? Ça ne loupe pas et, misère! m'empêche d'envisager le moindre progrès sur cet instrument...


C18 - Clarinette triple "Launeddas" - Sardaigne (Cagliari) - Roseau, fil, cire - 415, 540 et 680mm




Parmi les vidéos disponibles sur le net, en voici une qui illustre le jeu épatant et les sonorités incroyables de cet instrument magnifique d'apparente fragilité et de fausse simplicité :


Détail des embouchures. Note les anches lestées.


J'édite ce message pour t'encourager de visiter le site de Boris qui m'a permis d'acquérir cette merveille : Son univers vaut plus qu'un simple détour, suis donc ce lien. Merci Boris, puisse cette amitié naissante se développer.

Source : Le Roseau et la Musique - C.-Y. Chaudoreille, Édisud, La Calade, 13090 Aix-en-Provence - 1988 - 155 pages.

mardi 2 juillet 2013

300 !

A l'occasion de l'entrée du trois-centième instrument dans mon musée, le blog a fait peau neuve!

Ça ne m'aura pris qu'une semaine : la mise en page étant différente, offrant plus de place, il a fallu que je reformate chaque photo publiée, que je les repositionne par rapport au texte et en réagence les légendes. Des onglets ont été créés qui montrent l'ensemble de la collection, famille par famille.

Et si certains d'entre toi se demandent pourquoi ce changement, apprends qu'il permet de résoudre un soucis de visibilité de ma collection : en effet, celle-ci n'était jusqu'ici visible que sur un album Picasa sur lequel tu te rendais en cliquant sur le diaporama. Une fois là, il fallait encore cliquer sur le nom de l'album pour accéder à l'ensemble des photos... J'espère la situation actuelle plus pratique. En revanche, l'album Picasa reste actif et garde sa fonction : chaque instrument y est légendé d'une description complète (nom, origine géographique, époque, matériaux et dimensions)

A bientôt pour de nouvelles aventures!

dimanche 21 avril 2013

Rythmes africains

J'avais dit "plus de brocantes", nom d'un chien à trois pattes...
Je m'en reviens pourtant de celle du Vivier d'Oie à Uccle (Bruxelles). Et, comme d'habitude, pas les mains vides!

L'origine du Djembé, comme tu pourras le lire sur cette page qui lui est consacrée, viendrait de ce grand récipient en bois servant au transport du grain lors des récoltes. Une peau d'antilope - aujourd'hui de chèvre - tendue avec des lanières de cuir - aujourd'hui de corde - aurait donné naissance à l'instrument de percussion. Instrument de tradition, il rythmait la vie sociale des villages (travaux collectifs, retours de chasse, ...) et les cérémonies de la communauté (mariages, circoncisions, ...). Le berceau du Djembé se situe en Afrique de l'Ouest, entre la Guinée et le Mali. Dans les années cinquante, le djembé sortit d'Afrique et fut diffusé à travers le monde.




P30 - Tambour Djembé - Sénégal - Bois, peau, corde - 630mm, Ø 380mm




















Il y a quelques années, j'ai participé à une fête rythmée par deux types de tambours africains : Des djembés et des dununs, tambours cylindriques tenus en bandoulière et frappés avec une mailloche au manche courbé. Les joueurs de ces derniers tambours tenaient dans l'autre main une cloche à doigt qui accompagnait, complétait le rythme. J'étais émerveillé par l'esthétique de ces instruments et hypnotisé par leur jeu. 

J'ai eu l'occasion d'en trouver une à la boutique du Musée des Instrument de Musique de Bruxelles (le vrai), lors de ma dernière visite . Je n'ai pas hésité plus d'un quart de seconde!


  1er mai 2007
Fête du collectif Garcia Lorca dans le quartier des Foulons  à Bruxelles :
Djembés, dununs et cloches annulaires







P29 - Cloche annulaire - Bénin - Fer forgé - 70mm 























A bientôt.

mercredi 3 avril 2013

Cocorico, deuxième!

J'ai rencontré Pierre Coulon ce midi, pour un café autour de flûtes. Découvrir l'environnement de Pierre est quelque chose! Pas mal de flûtes qui me laissent rêveur (kaval bulgare, neys turcs, shakuhachi, pour ne citer que celles-là) entourent ses créations et prototypes! Nous avons bien entendu discuté "boutique" : Pierre étant d'une générosité appréciable, il m'a expliqué ses astuces, bricolages divers, et études. J'ai même eu droit à quelques conseils de respiration et de libération du souffle. Précieux conseils que je tâche déjà de tenter de mettre en pratique (si!).

Quelques prototypes et créations de P.Coulon:






Aluminium, PVC, multilex, vis, ressorts, clous, silicone, ... pour des flûtes ténor, basse et contrebasse!


Deux fifres en palissandre. Sonorité et justesse irréprochables!


Pour ma part, j'ai acheté à Pierre cette Irish flute, et j'en suis fort content!

F177 - Flûte irlandaise - Belgique (Coulon-Duffy) - Aluminium - 545mm


Un grand merci, Pierre, et à très bientôt pour une promenade en forêt!



dimanche 31 mars 2013

Cocorico, c'est du Belge!

Je suis passé à la brocante de Hermann-Debroux ce midi. Comme d'habitude, je flânais sans arrière pensée. Tu me crois? Bon, c'est vrai, je n'ai pas les yeux dans les poches et j'espère toujours tomber sur un instrument ou l'autre...

Et je m'en suis revenu avec deux fifres made in Belgium!





F175-176 - Fifres - Belgique (Coulon-Duffy) - Aluminium - 285mm




C'est la singularité de ce drôle d'instrument qui m'a sauté aux yeux : une tête de flûte traversière et deux corps interchangeables. Rentré chez moi, je n'ai pas perdu de temps avant de faire une recherche sur internet.













Pierre Coulon est le fabricant de ces fifres pensés pour l'enseignement aux enfants, comme initiation à la flûte traversière ou au piccolo. L'historique de ces instruments est fascinante: Élaborés en plastique en hiver 2005, ils ont vite séduit enseignants et musiciens, et amené l'un d'eux à développer une méthode d'apprentissage adaptée, en même temps qu'était fabriqué un modèle en aluminium. A la faveur d'un concours d'inventeurs auquel ils ont reçu le deuxième prix, leurs créateurs ont créé leur société de facture d'instruments, et développé d'autre modèles de fifres au même design très contemporain.



Pierre Coulon
et sa flûte contrebasse en PVC
(Source : P.Coulon)
 



Je ne cache pas une certaine impatience à rencontrer monsieur Coulon, dont la sympathie s'est imposée dès le premier échange de mails. Cette photo reçue de sa part montre de lui une image de savant fou ayant dévalisé un brico pour se fabriquer une flûte démesurée. J'adore l'esprit! Nous sommes pratiquement voisins, cette rencontre devrait normalement vite se faire.






A bientôt (pas avant) !

vendredi 25 janvier 2013

Bonnes résolutions

Me voilà (presque) sur les rails : Je m'en reviens vers les instruments à vents, une flûte s'il vous plaît! (avec un petit passage vers les percussions, mais c'était un cas de force majeure, j'y reviendrai plus tard...)

Ors donc. Je suis allé refaire un tour au musée des instruments de musique avec un de mes cousins. La boutique du musée est particulièrement attrayante : Outre les sections disques et livres, elle propose quelques petits instruments. D'ordinaire, il s'agit d'instruments-jouets ou de petites percussions, mais j'ai eu la chance cette fois-ci de tomber sur un lot de flûtes neys et kawalas! Des neys, j'en ai un jeu complet (je t'en parlais là en cliquant ici et ici en cliquant là), mais voilà que je découvre la flûte kawala. Et, cerise sur le gâteau, il ne me faut que deux ou trois essais pour en sortir un son plus que correct! Je me réjouis car je n'arrive à rien avec mes neys...



La flûte Kawala, comme sa cousine ney, est une flûte oblique orientale. Il s'agit d'un instrument pastoral, utilisé pour la musique populaire, et présent de la Tunisie à l'Égypte. Plus courte, de section plus large, elle se différencie également de sa cousine par l'absence de trou de pousse.

Son timbre rond et puissant ainsi que ses possibilités de modulations font qu'elle est jouée par de nombreux musiciens solistes.
F174 - Kawala - France (J-L MSIKA) - Roseau - 460mm

TABLATURES



Le facteur de cet instrument est également collectionneur. Artiste pluridisciplinaire, J-L Msika fabrique des flûtes et des vièles de traditions arabes. Les premiers contacts qu'il m'a offerts ont été spontanément amicaux et pleins de bienveillance! Rencontre attendue.













Monsieur J-L MSIKA et ses flûtes kawalas et neys


Merci, cher Jean-Loup.

samedi 22 décembre 2012

2013

MEILLEURS VOEUX 
2013!


Merci à Gihef pour cette dédicace faite dans "LiverFool"

A l'année prochaine!

dimanche 2 décembre 2012

Luth final

Je reviendrai bientôt avec un article sur un instrument à vent, à la faveur de l'acquisition récente d'un vieux trombone à pistons nécessitant une petite remise en état. Mais avant çà me revoilà, encore une fois, avec des cordes... Si!

Le luth p'i p'a figure parmi les instruments les plus emblématiques de Chine : la première trace de son existence remonte à deux siècles avant Jicé.

Un manche bref et trapu, muni de larges frettes en arrêtes saillantes et terminé par une cheviller arqué, prolonge une caisse en forme de poire portant des frettes en fines lattes de bambou. Celle-ci est peu profonde, son dos étant légèrement bombé. Il est joué verticalement, tenu sur les genoux du musicien... ou de la musicienne : le p'i p'a est devenu un instrument principalement féminin.

A l'origine, il avait un rôle narratif grâce aux nombreux effets qu'offraient les techniques de jeu : trémolos, pizzicatos, bruits et autres sonorités permettaient la description de scènes variées, alimentant un répertoire tantôt militaire décrivant des combats légendaires, tantôt littéraire s'inspirant de poésie, de paysages ou de drames historiques. Ce répertoire traditionnel est aujourd'hui enrichi de compositions contemporaines pour ensembles ou orchestres mêlant instruments traditionnels et occidentaux.




Mon instrument n'a rien d'une antiquité : une étiquette portant mention "Made in Taïwan" l'atteste si besoin en était. La caisse et le manche sont dans la même pièce de bois ; les arrêtes du manche et les chevilles sont en corne de buffle. L'écusson ornant la tête du cheviller est malheureusement en plastique. Les cordes sont en soie tressée.



Cde18 - Luth "P'i p'a" - Chine - Bois, bambou, corne, plastique, cordes en soie - 1020mm

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pour faire bonne mesure, et rappeler que je suis avant tout collectionneur de flûtes, voici une flûte traversière susceptible d'avoir accompagné le luth p'i p'a :

F55 - Flûte "Di-dzi" - Chine - Bambou - 375mm

Je voudrais encore une fois remercier le luthier chargé des réparations des instruments à cordes chez Azzato: Il y avait en effet du jeu entre le cheviller et le manche, ce qui rendait impossible l'accordage et le jeu de ce bel instrument. Merci de m'avoir réparé çà.